Contrairement à ce qui se dit, le système sanitaire Congolais est de loin le mieux structuré en Afrique car il est décentralisé en zones de santé gérées soit par l’Etat congolais (ministère de la santé), soit le Sanru (Sante Rural de l’Eglise Protestante) ou soit par BDOM (Bureau Diocésain des Œuvres Médicales de l’Eglise catholique) et d’autres encore sont sous la cogestion d’autres confessions et ONG internationales.
A noter que la plupart d’hôpitaux ont été construits à coté des églises missionnaires. Avant 2004, la RDC avait 306 zones de santé dont 56 étaient gérées par Sanru et 89 par BDOM.
A ce jour, les zones de santé sont scindées en petites entités jusqu’ a en avoir 515 sur toute l’étendue du pays. Selon Dr Clément Tshidibi Lonji, expert en Ressources humaines, une zone de santé, est faite de 125.000 habitants dont, 20 centres de santé et un hôpital de référence. La différence n’est pas majeure avec les 100.000 habitants pour un hôpital de référence comme à l’époque coloniale.
Bien que persistants, la poliomyélite et le cholera ne sont plus les premières causes de mortalité en RDC car, la malaria, la fièvre typhoïde, les pathologies dentaires, les psychoses, l’amibiase, la tuberculose, la malnutrition, les maladies cardiovasculaires, le diabète, les cancers, les abdomens chirurgicaux, les accidents de circulation, la trypanosomiase, le Sida et sa cohorte des maladies opportunistes et les bronchopneumonies chez les enfants contribuent énormément à notre faible espérance de vie de 48 ans à la naissance.
Aussi, la prise en charge médicale de stérilités, de la grossesse, de la vieillesse et d’enfants de moins de 5 ans reste un défi pour les objectifs du millénaire pour le développement au Congo, précise le DR Clément Tshidibi lonji.
Si la Belgique, pour des raisons d’obtention d’une main d’œuvre en bonne santé a investi dans le secteur médical, l’indépendance nous a libérés des contraintes des travaux imposés qui ne servaient généralement qu’au développement de l’économie Belge. Le relèvement du taux de natalité, après l’indépendance, est un signe que de nouveaux espoirs étaient perçus car le gouvernement indépendant a consenti des engagements sociaux plus grands que le régime colonial, faisant augmenter leurs budgets, dit-il.
Selon l’Atlas du Jubilé d’Or de la RD Congo publié par le Père Léon de saint Moulin, plus de 70% d’infrastructures que la RDC compte ont été construites après l’indépendance.
Malheureusement, les gouvernements récents ; même en programme avec la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, ont minimisé l’approche social du développement humain avec des budgets de la santé entre 2 à 4% des dépenses annuelles de l’Etat.
Même si on parle de la croissance macro économique aujourd’hui, il est à noter que le produit intérieur brut (PIB) est de plus de 60% entre les mains des entreprises étrangères.
De ce fait, il n’est pas toujours évident qu’une croissance même de 7% peut se traduire par des accroissements d’emplois et des revenus de même ordre s’il n’est pas avéré que les gains engendrés ont été réinvestis, pour l’essentiel, dans l’essor des activités, la création d’emplois et la santé même en faisant abstraction de la croissance démographique.
Le problème du système sanitaire congolais est l’incapacité managériale à le faire fonctionner avec efficience même si les ressources sont limitées. Pour avoir un système sanitaire efficace, il faut donc un équilibre entre les ressources humaines, financières et physiques ; y compris les consommables tels que les médicaments essentiels.
Les ressources humaines sont les premiers éléments de la performance d’un système sanitaire, si elles sont en nombre exact et motivées avec formations, expériences et compétences adéquates.
La priorité des priorités doit être le développement d’un système d’information sanitaire qui doit être la source des statistiques médicales fiables pour aider les planificateurs et les décideurs dans leurs plans d’actions sanitaires. Un apport de l’Institut National des Statistiques doit être, à ce niveau, mis en contribution.
-Le ‘macro level’ est de la responsabilité du Gouvernement central et/ou provincial.
Les personnes en charge du système sanitaire n’ont mis en place aucun plan national efficace de développement ou de projection des ressources Humaines de santé.
St/L’Offre standard des médecins bafoué en RDC
Pendant que l’offre standard de médecins selon OMS doit être de 1 pour 1000 habitants, en RDC nous avons environ 8750 pour 70 millions d’habitants soit 1 docteur sur 8000 habitants dont 60% de médecins vit dans les villes et pourtant plus de 67% de la population congolaise vit, essentiellement, dans le milieu rural grâce à l’agriculture, pêche et chasse.
Quand bien même la vaccination contre les maladies transmissibles atteigne les zones les plus reculées grâce à un partenariat multinational, les soins cliniques sont précaires parce que, non seulement les jeunes diplômés en médecine refusent de travailler en milieu rural par manque d’un salaire décent, mais aussi, les médecins séniors, pour la plupart des spécialistes, ne trouvent pas d’intérêt à prester à l’intérieur du pays en faveur de pauvres villageois ne payant pas les soins et consultations en dollars.
Comme conséquence, tous les efforts accomplis par les institutions d’enseignement médical sont annihilés par la migration de médecins, pharmaciens, Radiologues, infirmiers vers l’Afrique Australe.
A noter que plus 2500 médecins congolais sont enregistrés par l’équivalant de l’Ordre National de Médecins Sud Africain.
Ici s’invite l’obligation ou non de la part du gouvernement congolais de régulariser, par un engagement, les 1000 médecins tel que demandés par le syndicat de médecins congolais, mais aussi la redistribution géographique équitable des ressources en insistant sur des primes et autres avantages supplémentaires pour ceux qui optent pour le milieu rural.
-Quant au ‘micro level’, nos hôpitaux, y compris les ressources humaines de santé font l’objet d’une gestion chaotique. Ceci justifie le discours du chef de l’Etat, quand il parle de la révolution de la modernité car, ce processus doit commencer par la gestion intelligente de la chose publique.
Comparés à l’hôpital Mutombo Dikembe, Bondeko, Centre Nganda, MONKOLE, CMK, Ngaliema Center, toutes nos cliniques publiques sont insalubres, l’hygiène n’y est plus la règle d’or et pourtant, certains responsables de ces cliniques privés ont été Directeurs des hôpitaux publics.
Quand aux médecins réputés pléthoriques dans les hôpitaux publics urbains, personne parmi nous ne peut prouver s’ils consultent, soignent et font des recherches dans nos cliniques durant 36 heures la semaine.
Il se pose donc un réel problème de « time management » et une nécessité d’audit de ressources humaines dans nos hôpitaux dont les résultats aideront le syndicat de médecins ainsi que d’autres personnels médicaux à revendiquer le paquet du Développement de Ressources Humaines (salaires décents, habitation, transport et bonne conditions de travail).
Quant aux pharmaciens, il est rare à ce jour de les voir travaillant dans nos hôpitaux ; les gestions et ventes de médicaments sont actuellement entre les mains des commerçants et charlatans.
Les pharmaciens quant eux sont devenus des agents de relations publiques de firmes pharmaceutiques étrangères pendant que d’autres se sont convertis en cambistes pour trouver le billet d’avions en fin émigrer en Afrique Australe vers le vert pâturage.
Alors à quoi servent donc nos facultés de pharmacie ? Quel est le plan national sur la production et l’utilisation des pharmaciens en RDC ? Pour conclure ce point, une question nous est venue à l’esprit ; comment les Managers des hôpitaux publics sont – ils nommés, comment sont-ils contrôlés ?
Quels sont le job description et job spécification qui sont compatibles aux postes de médecin Directeur des hôpitaux publics ?
Quelles formations le Gouvernement a planifiées, en court d’emploi, pour aider les Managers à atteindre le standard moderne pour la gestion d’un hôpital public et aider le chef de l’Etat dans sa révolution de la modernité ?
Nous chutons en disant que rares sont les personnels de santé travaillant à temps plein dans nos hôpitaux où la gestion de ressources humaines semble être encore rudimentaire ; c'est-à-dire loin de la révolution de la modernité.
C’est donc au gouvernement de décider ce qui est prioritaire en améliorant les conditions salariales et de travail tout en rationalisant le management financier et du personnel pour réduire la tentation à l’exode.
Une attention particulière doit être mise sur la production de ressources humaines en santé par la multiplication d’institutions d’enseignement médical fiables en tenant compte de la distribution géographique basée sur la demande sociale et le processus de la décentralisation en cours en RDC.
Par Godé Kalonji Mukendi
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