"Le groupe d'experts
a établi que le M23 a reçu un soutien continu en provenance du territoire
rwandais", écrit le groupe d'experts de l'Onu dans la version définitive
de son rapport, consulté lundi par Reuters, destiné au comité des sanctions du
Conseil de sécurité de l'Onu.
"Le groupe a reçu
des informations crédibles qui montrent que les dirigeants du M23 sont libres
de leurs mouvements en Ouganda et que le M23 a continué de recruter au Rwanda",
ajoute-t-il.
Cette commission
indépendante d'experts accuse en outre les groupes rebelles et les forces
armées de RDC (FARDC) de diverses atteintes aux droits de l'homme, dont
enrôlement d'enfants soldats, exécutions sommaires et violences sexuelles.
Elle les accuse aussi
d'exploitation illégale des ressources minières de l'est de la RDC, où une
multitude de groupes rebelles ont pris les armes depuis les années 1990 pour
tenter de prendre le contrôle des gisements d'or, de diamants, de cuivre, de
cobalt et d'uranium de la région.
Ces violences alimentées
par des rivalités ethniques et accompagnées par leurs cortèges de maladies et
de famines ont fait des millions de morts.
Les experts de l'Onu
estiment que 98% de l'or extrait des mines de RDC en 2013 a été passé en
contrebande à l'extérieur du pays et vendu dans sa quasi-totalité à partir de
l'Ouganda. Ils estiment la valeur de ce trafic entre 383 millions et 409
millions de dollars.
TIRS DE CHARS RWANDAIS
Les experts de l'Onu ont
accusé à plusieurs reprises le Rwanda voisin d'appuyer la rébellion du M23, la
plus importante de la décennie écoulée en RDC, ce que le gouvernement de Kigali
dément vigoureusement.
La représentation du
Rwanda à l'Onu n'a pas réagi dans l'immédiat au rapport des experts de l'Onu
mais un diplomate rwandais a déclaré à Reuters: "Nous sommes fatigués par
ces accusations, toujours les mêmes."
Un porte-parole de la
mission ougandaise aux Nations unies a dit ne pas être en mesure de réagir à un
rapport n'ayant pas encore été officiellement présenté. Les diplomates
congolais n'étaient pas joignables dans l'immédiat.
Les forces armées de
RDC, appuyée par une brigade d'intervention de l'Onu, ont accumulé au début de
l'automne les succès militaires contre les combattants du M23, essentiellement
tutsis, qui ont proclamé le 5 novembre la fin de leur rébellion. Un accord de
paix a été signé jeudi.
"La forme la plus
constante de soutien passait par le recrutement et la fourniture d'armes et de
munitions, particulièrement dans les périodes de combats", écrivent les
experts de l'Onu dans leur rapport de 48 pages daté du 12 décembre.
"Le M23 a également
reçu des renforts de troupes directs de la part de soldats rwandais en
août", poursuivent les auteurs. "Durant les combats d'octobre, des
chars rwandais ont tiré en RDC pour appuyer le M23."
Le Rwanda est intervenu
à plusieurs reprises en RDC pour traquer les miliciens hutus jugés responsables
du génocide de 800.000 Tutsis et Hutus modérés en 1994 sur son territoire.
NOUVELLE MENACE
Le gouvernement de
Kigali accuse l'armée congolaise de collaborer avec les Forces démocratiques de
libération du Rwanda (FDLR), ce que Kinshasa dément.
D'après l'Onu, environ
un tiers des effectifs des FDLR sont des Hutus ayant fui le Rwanda après le
génocide de 1994.
"Au cours de
l'année 2012, le groupe a mis en évidence des cas de collaboration au niveau
local entre les FDLR et les FARDC", écrivent les experts de l'Onu.
Dans leur rapport, ils
font état de "violations graves du droit humanitaire international,
notamment l'enrôlement et l'utilisation d'enfants soldats, des exécutions
sommaires, des violences sexuelles et des attaques ciblées contre la population
civile".
"Si les groupes
armés ont commis nombre de ces crimes, le groupe a aussi identifié les FARDC
comme parties prenantes de nombreuses violations", est-il écrit dans le
rapport. "Les forces de sécurité gouvernementales, en particulier les
FARDC, demeurent une source importante de violences sexuelles, en particulier
contre les mineurs."
Les experts de l'Onu
soulignent que la défaite du M23 a constitué un signal fort pour les autres
groupes armés de l'est de la RDC, dont plusieurs ont commencé à se rendre ou
ont demandé à être intégrés à l'armée et à la police.
Ils identifient cependant une autre menace, celle des Forces démocratiques
alliées (ADF).
Ce mouvement islamiste a manifestement entrepris de constituer des réserves
de médicaments et d'équipements médicaux en attaquant des installations
sanitaires, ce qui, pour les experts de l'Onu, signifie qu'il se prépare à un
assaut de la brigade d'intervention de l'Onu ou
qu'il s'apprête à lancer sa propre offensive.
Dans leur rapport, les
experts disent n'avoir établi aucun lien entre les ADF et les Chabaab somaliens
ou Al Qaïda.

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