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mardi 15 juillet 2014

Dans une lettre adressée aux autorités Néerlandaises:HRW s’alarme pour les trois témoins renvoyés en RDC

C’était le dimanche 6 juillet chaud et ensoleillé, les Pays-Bas fêtaient la victoire de leur équipe de football en quart de finale de la Coupe du monde. Presque personne n’a prêté attention au fait que les autorités néerlandaises embarquaient trois Congolais à bord d’un avion à destination de la République démocratique du Congo (RD Congo). Leurs demandes d’asile avaient été rejetées par la plus haute juridiction néerlandaise une semaine auparavant. Lorsque les trois hommes sont arrivés dans la capitale congolaise, Kinshasa, ils ont immédiatement été emmenés en prison.
Ces hommes ne sont pas des demandeurs d’asile ordinaires qui viennent d’être déboutés. Leur cas a cela de particulier qu’ils sont les premiers témoins à avoir comparu devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye et à avoir ensuite demandé l’asile aux Pays-Bas.

Pour rappel, Floribert Njabu, Sharif Manda et Pierre-Célestin Mbodina avaient été invités à comparaître devant la CPI en tant que témoins à décharge au procès de Germain Katanga, un ex-dirigeant rebelle congolais poursuivi pour crimes internationaux graves perpétrés dans le district de l’Ituri, dans le nord-est de la RD Congo, en 2002-2003.
Avant leur transfèrement à la CPI en mars 2011, les trois hommes étaient incarcérés à Kinshasa depuis plusieurs années déjà dans une prison congolaise de haute sécurité.
Human Rights Watch se dit préoccupé par l’incertitude concernant le respect des droits de ces hommes en RD Congo.
 « Nous avons récemment appelé le Secrétaire d’État néerlandais à la sécurité et à la justice, Fred Teeven, à user de son pouvoir pour surseoir à leur expulsion jusqu’à ce qu’il soit pleinement convaincu que le droit de ces témoins à un procès équitable sera respecté, conformément aux normes internationales »,a dit Géraldine Mattioli-Zeltner, la Directrice de Plaidoyer au sein du Programme Justice internationale.
« Nous avons par ailleurs instamment prié Fred Teeven de prendre contact avec les autorités congolaises avant de renvoyer les témoins et de demander à ces dernières d’adopter un certain nombre de mesures visant à renforcer les chances de procès équitable. Il s’agirait notamment de veiller à ce que les témoins soient défendus par un avocat expérimenté de leur choix et qu’ils aient accès à une aide judiciaire s’ils sont indigents. Ils devraient également être poursuivis devant un tribunal qui garantit un droit de recours et devant un jury indépendant de juges professionnels. Et la RD Congo pourrait solliciter l’assistance de la mission des Nations Unies en RD Congo (MONUSCO) dans les enquêtes qui s’avèrent nécessaires, lors des procès et pour assurer la protection des victimes et témoins, y compris des témoins de la défense »ajoute-t-elle.
La Directrice de Plaidoyer au sein du Programme Justice internationale de HRW s’énerve par le fait de voir qu’après des années de chassé-croisé juridique, le gouvernement néerlandais ne voulait apparemment plus différer l’expulsion et il n’a pas cherché à s’investir davantage dans des contacts avec les autorités congolaises sur ces points avant de renvoyer les trois témoins.
Floribert Njabu, Sharif Manda et Pierre-Célestin Mbodina ont affirmé que leur sécurité serait menacée et leurs droits humains violés s’ils venaient à être renvoyés en RD Congo, invoquant le fait que certains éléments de leur déposition impliquaient le président congolais, Joseph Kabila, et qu’avant de venir témoigner à La Haye, ils avaient croupi pendant plusieurs années dans une prison congolaise sans inculpation et au mépris de leur droit à une procédure équitable.

Casse-tête pour  la CPI
Le dossier de ces trois témoins  a créé une multitude de problèmes juridiques complexes et s’est avéré être un véritable casse-tête pour la CPI, ainsi que pour les gouvernements néerlandais et congolais. Le 6 juillet, leur bataille juridique pour obtenir une protection aux Pays-Bas a pris fin. Les trois hommes risquent aujourd’hui de ne pas bénéficier d’un procès équitable devant les tribunaux nationaux de la RD Congo, regrette hrw.
Aux termes des dispositions de son traité fondateur, la CPI s’était engagée à remettre les témoins aux autorités congolaises à l’issue de leur déposition. Mais en mai 2011, les témoins, exprimant des craintes à propos de leur sécurité et de leurs droits en cas de renvoi en RD Congo, ont demandé l’asile aux Pays-Bas.
Après plus de trois ans de bataille juridique, le Conseil d’État, la plus haute juridiction néerlandaise, a rendu sa décision le 27 juin établissant que les témoins devraient se voir refuser l’asile en raison de leur implication présumée dans des crimes internationaux graves et qu’ils devraient être renvoyés en RD Congo. Les juges du Conseil d’État – cassant le jugement du tribunal de première instance – ont conclu que les droits humains des témoins ne seraient pas mis en péril en cas de renvoi.
Par Godé Kalonji Mukendi



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