Le Katanga,
cette province du sud-est de la Rdc, est en proie aux actions de violents
groupes armés qui attaquent et pillent des villages. Des attaques qui se sont
intensifiées depuis la fin 2013, provoquant d'importants déplacements de
populations. Ce qui fait que Katanga compte à ce jour près de 500 000
déplacés.
Un danger que court la province selon la
communauté humanitaire par le fait que les humanitaires présents sur place
n'ont pas les moyens de faire face à cette situation alarmante.
Difficile cohabitation entre les Bantous et Pygméens au
Nord-Katanga
Alors que de
nombreux efforts sont consentis par le gouvernement congolais et la MONUSCO pour
mettre fin à l’activisme des Mayi Mayi, plusieurs territoires du District du
Tanganyika sont le théâtre d’un conflit intercommunautaire opposant les pygmées
et bantous. L’intensification de ce conflit s’accompagnant des actes de
violence inquiète de plus en plus.
A en croire le Bulletin humanitaire de
mars 2014 de Ocha, fin mai 2013, des Mayi-Mayi « Bakata
Katanga » ont attaqué
puis incendié Lwela et Nsange, deux localités voisines situées sur l’axe Kiambi
– Nyunzu, dans le territoire de Manono.
Plusieurs
violations graves des droits de l’homme ont été commises lors de ces attaques.
A Lwela, 18
femmes enceintes et
un enfant ont été brulés vifs par ces combattants et environ 200 maisons ont
été incendiées.
Selon des sources humanitaires dans la zone,
cette attaque avait ciblé particulièrement les pygmées pour les
« punir » de leur appartenance à des groupes d’autodéfense. Mais plusieurs
autres habitants bantous de ces localités avaient été également blessés par balles et flèches, signale Ocha.
D’autres sources affirment que la détérioration du climat
entre ces deux communautés remonte aux différentes sensibilisations en 2012 qui
demandaient aux peuples autochtones de sortir de brousse pour bénéficier des
mêmes services sociaux que les bantous.
Selon les acteurs de protection, le message transmis aurait
été mal compris et a par ce fait poussé les pygmées à commettre des abus notamment
des viols des femmes bantoues. Pour les pygmées, ces actes étaient considérés
comme étant leurs « droits » jadis bafoués par les bantous, étant
donné que ces derniers épousaient les femmes pygmées et jamais l’inverse.
Le Bureau de coordination des Affaires humanitaires des
Nations Unies indique dans son bulletin que la recrudescence de ce conflit
intercommunautaire dans le District du Tanganyika est aussi exacerbée par
l’absence de l’Etat dans plusieurs localités affectées ainsi que par l’absence
du mécanisme de gestion durable de ce conflit. Ce dernier continue à accentuer
la pauvreté des ménages avec la fragilisation des moyens de subsistance, le
dysfonctionnement des services sociaux de base et les multiples attaques des
Mayi-Mayi.
Depuis les incidents de Lwela et Nsange, les pygmées de Manono et d’autres zones se
sont mobilisés et ont pris des flèches pour combattre les Mayi-Mayi. Selon
leurs propres déclarations, c’est une manière pour eux de se défendre. Des
attaques et contre-attaques entre les Mayi-Mayi « Bakata Katanga » et
les groupes d’autodéfense des pygmées se sont succédées dans ce territoire,
s’accompagnant de viols, meurtres, tortures, vols, pillages et incendies des
maisons.
Sur le terrain, chaque partie se justifie et
rejette la responsabilité du conflit sur l’autre. Les pygmées arguent le besoin de défendre
leur communauté face aux agressions, accusant les populations bantoues de les
dénoncer auprès des Mayi-Mayi comme informateurs des Forces armées de la RDC
(FARDC). De leur côté, les bantous reprochent aux pygmées de les attaquer et de violer leurs
femmes.
Les territoires les plus
touchés par ce conflit sont les territoires de Kalemie (axes Kalemie – Bendera,
Kalemie – Moba et Kalemie – Nyunzu), Kabalo, Manono et Nyunzu.
Ampleurs inquiétantes
En février 2014 et en vue de
préparer une riposte contre les pygmées, les bantous se constituent en groupe
d’autodéfense basé à Kasanga Nyemba, à 150 km à l’ouest de Kalemie.
Le 8 mars, ils ont lancé une chasse à l’homme dans le
village Polo, Groupement Kasanga Nyemba, sur l’axe Kalemie – Nyunzu, territoire
de Kalemie. D’après les acteurs de
protection, plusieurs incidents de protection ont été signalés notamment tueries
ainsi que viols des femmes et bébés.
Ce même groupe a attaqué le 10
mars les villages Luboyi et Nkunda, dans le Groupement Fatuma, sur l’axe
Kalemie – Moba où 40 femmes pygmées ont été enlevées, des maisons incendiées,
des biens pillés et des meurtres en majorité des femmes et des enfants. Des
champs ont été également détruits et des infrastructures publiques et marchés
incendiés, affirme Ocha.
Sur les axes
Kalemie – Moba et Kalemie – Nyunzu, les deux groupes d’autodéfense ont chacun
renforcé sa position et se regardent en chiens de faïence. Les pygmées se sont
positionnés actuellement au niveau des villages Kambilo et Machini, à environ
65 km de Kalemie. Les bantous, de leur côté, se retrouvent à Kamingini, village
situé à 100 km de Kalemie, sur l’axe Kalemie – Moba.
D’après Ocha, entre décembre
2013 et le 15 mars 2014, près d’une vingtaine d’affrontements ont opposé les
deux communautés. Plusieurs incidents de protection et d’importants mouvements
de population ont été enregistrés.
D’après une mission du cluster
protection du 15 mars sur l’axe Kalemie – Moba, environ 17 200
personnes dans les sites spontanés de déplacés de Kambilo, Kyayo et
Machini, à moins de 100 km
de Kalemie, se sont à nouveau déplacés vers d’autres villages suite à ce conflit.
Le Haut-commissariat des
Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a, en outre, identifié plus de 2 600 nouveaux déplacés dans
les sites spontanés de Mulange Rail, Mulange village, Musenge et Kambilo, villages situés à environs 65 km de Kalemie. Ces
personnes sont venues du territoire de Manono et d’autres Groupements du
territoire de Kalemie, depuis fin 2013.
Par Godé Kalonji
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