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samedi 19 avril 2014

Le Katanga court le danger : La province fait face à une récurrente situation due aux conflits entre les pygmées et les Bantous dans le District de Tanganyika

Le Katanga, cette province du sud-est de la Rdc, est en proie aux actions de violents groupes armés qui attaquent et pillent des villages. Des attaques qui se sont intensifiées depuis la fin 2013, provoquant d'importants déplacements de populations. Ce qui fait que Katanga compte à ce jour près de 500 000 déplacés.
Un danger que court la province selon la communauté humanitaire par le fait que les humanitaires présents sur place n'ont pas les moyens de faire face à cette situation alarmante.


                                                 
Difficile cohabitation entre les Bantous et Pygméens au Nord-Katanga

Alors que de nombreux efforts sont consentis par le gouvernement congolais et la MONUSCO pour mettre fin à l’activisme des Mayi Mayi, plusieurs territoires du District du Tanganyika sont le théâtre d’un conflit intercommunautaire opposant les pygmées et bantous. L’intensification de ce conflit s’accompagnant des actes de violence inquiète de plus en plus.

A en croire le  Bulletin humanitaire de mars 2014 de Ocha, fin mai 2013, des Mayi-Mayi « Bakata Katanga » ont attaqué puis incendié Lwela et Nsange, deux localités voisines situées sur l’axe Kiambi – Nyunzu, dans le territoire de Manono.

Plusieurs violations graves des droits de l’homme ont été commises lors de ces attaques.
A Lwela, 18 femmes enceintes et un enfant ont été brulés vifs par ces combattants et environ 200 maisons ont été incendiées.
 Selon des sources humanitaires dans la zone, cette attaque avait ciblé particulièrement les pygmées pour les « punir » de leur appartenance à des groupes d’autodéfense. Mais plusieurs autres habitants bantous de ces localités avaient été  également blessés par  balles et flèches, signale Ocha.

D’autres sources affirment que la détérioration du climat entre ces deux communautés remonte aux différentes sensibilisations en 2012 qui demandaient aux peuples autochtones de sortir de brousse pour bénéficier des mêmes services sociaux que les bantous.
Selon les acteurs de protection, le message transmis aurait été mal compris et a par ce fait poussé les pygmées à commettre des abus notamment des viols des femmes bantoues. Pour les pygmées, ces actes étaient considérés comme étant leurs « droits » jadis bafoués par les bantous, étant donné que ces derniers épousaient les femmes pygmées et jamais l’inverse.
Le Bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations Unies indique dans son bulletin que la recrudescence de ce conflit intercommunautaire dans le District du Tanganyika est aussi exacerbée par l’absence de l’Etat dans plusieurs localités affectées ainsi que par l’absence du mécanisme de gestion durable de ce conflit. Ce dernier continue à accentuer la pauvreté des ménages avec la fragilisation des moyens de subsistance, le dysfonctionnement des services sociaux de base et les multiples attaques des Mayi-Mayi.

Confusion totale
 
Depuis les incidents de Lwela et Nsange, les pygmées de Manono et d’autres zones se sont mobilisés et ont pris des flèches pour combattre les Mayi-Mayi. Selon leurs propres déclarations, c’est une manière pour eux de se défendre. Des attaques et contre-attaques entre les Mayi-Mayi « Bakata Katanga » et les groupes d’autodéfense des pygmées se sont succédées dans ce territoire, s’accompagnant de viols, meurtres, tortures, vols, pillages et incendies des maisons.
Sur le terrain, chaque partie se justifie et rejette la responsabilité du conflit sur l’autre.  Les pygmées arguent le besoin de défendre leur communauté face aux agressions, accusant les populations bantoues de les dénoncer auprès des Mayi-Mayi comme informateurs des Forces armées de la RDC (FARDC). De leur côté, les bantous reprochent aux pygmées de les attaquer et de violer leurs femmes.
Les territoires les plus touchés par ce conflit sont les territoires de Kalemie (axes Kalemie – Bendera, Kalemie – Moba et Kalemie – Nyunzu), Kabalo, Manono et Nyunzu.

Ampleurs inquiétantes

En février 2014 et en vue de préparer une riposte contre les pygmées, les bantous se constituent en groupe d’autodéfense basé à Kasanga Nyemba, à 150 km à l’ouest de Kalemie.
Le 8 mars, ils ont  lancé une chasse à l’homme dans  le village Polo, Groupement Kasanga Nyemba, sur l’axe Kalemie – Nyunzu, territoire de Kalemie.  D’après les acteurs de protection, plusieurs incidents de protection ont été signalés notamment tueries ainsi que viols des femmes et bébés.

Ce même groupe a attaqué le 10 mars les villages Luboyi et Nkunda, dans le Groupement Fatuma, sur l’axe Kalemie – Moba où 40 femmes pygmées ont été enlevées, des maisons incendiées, des biens pillés et des meurtres en majorité des femmes et des enfants. Des champs ont été également détruits et des infrastructures publiques et marchés incendiés, affirme Ocha.

Sur les axes Kalemie – Moba et Kalemie – Nyunzu, les deux groupes d’autodéfense ont chacun renforcé sa position et se regardent en chiens de faïence. Les pygmées se sont positionnés actuellement au niveau des villages Kambilo et Machini, à environ 65 km de Kalemie. Les bantous, de leur côté, se retrouvent à Kamingini, village situé à 100 km de Kalemie, sur l’axe Kalemie – Moba.

Conséquences humanitaires énormes

D’après Ocha, entre décembre 2013 et le 15 mars 2014, près d’une vingtaine d’affrontements ont opposé les deux communautés. Plusieurs incidents de protection et d’importants mouvements de population ont été enregistrés. 

D’après une mission du cluster protection du 15 mars sur l’axe Kalemie – Moba, environ 17 200 personnes dans les sites spontanés de déplacés de Kambilo,  Kyayo et Machini, à moins de 100 km de Kalemie, se sont à nouveau déplacés vers d’autres villages suite à ce conflit.

Le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a, en outre,  identifié plus de 2 600 nouveaux déplacés dans les sites spontanés de Mulange Rail, Mulange village, Musenge et Kambilo,  villages situés à environs 65 km de Kalemie. Ces personnes sont venues du territoire de Manono et d’autres Groupements du territoire de Kalemie, depuis fin 2013. 

 Par Godé Kalonji


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